Chapitre 8 : L’Odyssée de Ram

Les travaux se poursuivent, je repeins un nouveau logement pour Roby, un petit chien qui vit dans une petite cage délabrée chez la sœur de Swami. Sa condition de vie me fait pitié et en même temps je le trouve attachant. J’en fais mon compagnon de promenade et je l’emmènerais souvent lors de mes sorties. Les hindous me voyant avec cette espèce de griffon blanc tenu en laisse sont perplexes, comme toujours très gentils, leurs regards seront pleins de sourires à une certaine distance, mais plutôt inquiets dès que je me rapproche d’eux, je ne comprends pas pourquoi, car mon compagnon n’a pas vraiment l’air d’une bête féroce.

Aujourd’hui je me dirige vers Kannour

Aujourd’hui je me dirige vers Kannour, les centaines de petits magasins de toutes sortes que l’on trouve dans les villes indiennes me fascinent j’aime m’y attarder, contempler les étals, à l’angle de la rue se trouve un marchand de petits gâteaux qui ont l’air très appétissants après en avoir choisi quelques-uns je vais les déguster dans le café d’à côté en buvant du chaï. C’est le serveur qui m’explique que les animaux ici sont souvent porteurs de maladies, y compris la rage, pour cela les gens gardent toujours une distance de sécurité. Je réalise qu’ici conserver sa santé est une réelle responsabilité individuelle, pour la plupart des gens se payer des soins hospitaliers est impossible, les maladies peuvent vite dégénérer et entraîner la mort. Une observation sur la couverture sociale de mon pays, qui permet à tous de se soigner, parait vu d’ici être un système idéal mais c’est aussi ce qui en fait un des plus gros consommateurs de médicaments au monde. Cette réalité vient alimenter ma réflexion. Dans ce contexte l’être humain n’éprouve plus le besoin de se préoccuper de son capital vital, il confie cette charge à autrui et devient un consommateur du marché de la santé. Au vu des dividendes colossaux que représente ce commerce peut-on être réellement sûr que l’intérêt de nos médecins soit focalisé sur notre mieux être ? Par ailleurs si aider l’autre dans la souffrance est une noble cause quand est-il du pouvoir que cela confère et des transferts de responsabilités ? Cette façon d’appréhender la vie n’est-elle pas limitante ? Qu’est-ce que la souffrance ? Qu’est-ce que : « être libre » ? …Ces sujets occuperont mes pensées, le temps de boire encore quelques thés au lait puis il sera temps de rentrer à Shanti Madom pour les enseignements du soir.

«  La folie de l’homme est due au fait qu’il s’identifie à ce qu’il pense, à ce qu’il ressent, le mental a alors tout le pouvoir sur l’être qui  investit  toute son énergie pour satisfaire ses caprices. Le gaspillage que cela engendre est à l’origine des difficultés que rencontre l’humanité. L’esprit est encombré par tous les fantasmes que la pensée lui transmet. Chaque fois que l’on suit un mirage auquel on lie notre identité on s’éloigne un peu plus de notre propre divinité. Vous devez vous demander sans doute pourquoi sachant cela, vous continuez à vous entêter dans des comportements non libérateurs ? Cela est dû au pouvoir de la mémoire, une mémoire non purifiée contient les émotions non digérées qui proviennent de l’inconscient, cela empêche d’avoir un ressenti clair dans le présent au fur et à mesure que les évènements se présentent. Les différents exercices que vous pratiquez ont pour seul but de nettoyer ces vieux souvenirs. Quand par le service, le don de soi, le yoga ou encore la méditation, la conscience accède à un niveau supérieur, rien d’extraordinaire ne se passe sur l’instant, mais une plus grande compréhension de ce que nous ne sommes pas permet de mieux percevoir ce que l’on est en réalité. Les émotions et les comportements égotiques sont remis à leur place de rôles secondaires dont la fonction est l’expérience de la vie. Nous allons faire une méditation en essayant d’apporter une attention particulière sur l’aspect libérateur que peut permettre un esprit nettoyé. »… Hom Namah Shivaya.

Nous nous rejoignons le soir dans la cuisine où nous prenons le repas, c’est un moment privilégié que j’aime beaucoup, nous avons maintenant nos habitudes : le temps aidant ainsi que les travaux que nous effectuons dans cet espace fait que peu à peu il devient « notre » nous nous sentons ainsi appartenir à la petite communauté que nous formons. Le souper nous est porté chaque soir par Primilia : elle est discrète et attentionnée, depuis qu’elle m’a demandé de l’accompagner pour faire la Pudja dans la salle dissimulée du grand temple ; quelque chose en moi réagit quand elle est là. Peut-être simplement qu’une présence féminine vient m’apporter un équilibre dans ce monde essentiellement masculin dans lequel je suis immergé depuis quelques temps. Pour autant de son côté je peux percevoir une émotion quand je l’aide à ouvrir la porte ou que je lui ramène les plats dès que nous avons fini, à la maison où elle vit qui se trouve à 20 mètres. Quoi qu’il en soit il n’est pas question de semer le doute quant au bien-être que peuvent provoquer ces rencontres. Nous apprécions simplement ces moments de plaisir éphémère, laissant nos corps se parler en silence dans le plus grand respect de nos êtres, profitant de la présence de l’autre quand l’instant nous le propose.

Nous somme les décideurs, chacun de nos actes engendre des suites

Les routines quotidiennes marquent les temps de la journée, le lever avant l’aube, le lavage de dents, le baquet d’eau froide et la toilette, méditations, pudjas, enseignements, petits déjeuners, travail en extérieur puis vers 10h00 tous les jours cet homme étrange qui passe à vélo en poussant un cri bizarre qui ressemble un peu à celui d’une Chouette. J’ai mis plusieurs jours à réaliser que c’était lui qui faisait ce bruit, Radju m’explique alors que c’est un pécheur et que c’est son moyen pour alerter les habitants de son passage pour leur vendre le fruit de son travail ! Son procédé est super il utilise sa voix comme un klaxon très spécifique ce qui fait que personne n’a de doute quant à la provenance de ce bruitage, je m’émerveille en permanence de l’innocence et de la spontanéité du mode de vie qu’a adoptée ce peuple ; il y a quelque chose de nourrissant dans leurs attitudes et leurs réflexions. Je me souviens qu’en rentrant de la plage des gens étaient surpris de me voir prendre en photo des isolateurs d’une ligne électrique haute tension à porter de main sans réelle protection. Après avoir pris contact je leur explique que je n’ai jamais vu cela chez moi et que cela peut être dangereux, ils me répondront que c’est justement pour cela qu’une pancarte danger avait été installé…Je profite de cette situation pour prendre le temps, je m’assois sur le tronc d’un arbre sec qui git là au bord du canal qui abrite de magnifiques nénuphars qui font des fleurs superbes et me laisse aller à la réflexion. Je réalise alors que c’est l’inquiétude qui émane face à certaines situations qui conduit les hommes à ériger sans cesse de nouveaux protocoles pour augmenter la sécurité de l’environnement dans lequel ils évoluent. Bien sûr cela est confortable, mais nous invite à toujours plus de passivité, ce qui engendre une baisse de l’attention. Nous évoluons dans un monde organisé qui prend en charge toute sorte de modalité, il devient alors possible d’abandonner sa vigilance aux produits de la pensée : préoccupations du passé ou projection du futur. Je me rends compte que plus l’homme intervient pour améliorer ses conditions de vie selon les critères des conventions qu’il a adopté, plus il s’enferme dans un schéma qui éloigne sa conscience de la réalité… Un peu plus tard je quitterais cet endroit avec de nouvelles convictions :

Nous somme les décideurs, chacun de nos actes engendre des suites, assumer leurs conséquences fait de nous des responsables, accepter ce statut libère notre conscience, nait alors la lucidité à laquelle l’âme vient s’abreuver ainsi l’adulte quitte son monde névrotique d’enfant capricieux au profit du sens et de la raison.

Déjà 17h Swamiji nous réunit pour nous proposer un chai, puis nous invite à l’accompagner à une conférence en plein air où il doit s’exprimer avec une autre personne. Radju prépare la voiture et nous voilà en route…

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2 commentaires sur “Chapitre 8 : L’Odyssée de Ram

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