Chapitre 7 : L’Odyssée de Ram

Je crois que nous somme mardi, la nuit fut réparatrice, la méditation du matin profonde, encore imprégnée des vibrations du grand temple. À nouveau je suis confus : les enseignements s’enchainent, ne me laissant pas le temps de m’approprier les nouvelles données. Chaque fois que mon mental élabore un principe, une base sur laquelle construire des croyances celui-ci est remis en cause aussitôt. Je me sens comme emporter par le courant d’une rivière, j’essaie de me raccrocher à ce que je trouve pour rejoindre la rive, mais tout ce que j’arrive à attraper cède sous mon poids. Je m’efforce de « nager » dans le sens du courant mais l’absence de palier d’intégration me perturbe un peu.

Le travail d’entretien au terrain de l’ashram se poursuit chaque matinée, peu à peu cette « jungle tropicale urbaine » montre une nouvelle possibilité d’organisation. Ayant pris soin au cours des journées précédentes de rassembler tous les détritus plastiques et de les « compacter » dans un sac en matière identique je ne trouve d’autres solutions pour le faire disparaitre que de l’enterrer dans un coin du terrain. Au cours de la semaine nous avons ramassé les branches mortes, les feuilles de bananier, les palmes et autres herbes sèches, pour en faire plusieurs gros tas que nous allons brûler aujourd’hui. Bien que Swamiji n’abordera pas ce sujet, il est tentant de faire un lien entre la façon dont on prépare ces terres en friches pour faire un jardin et ce que l’on est en train de vivre au niveau psychique. Là aussi, nous élaguons les croyances, nettoyons le corps, purifions l’esprit, peut-être même brulons nous du  « karma »… Nous sommes tous présents pour l’allumage de chaque monticule qui s’enflamme doucement dans une épaisse fumée blanche. Swami profitera de cette ambiance particulaire pour se prêter au jeu d’une séance photo.

swamiji-maitre-spirituel

Pendant que les tas se consument nous ratissons avec un outil cassé ce qui reste à éliminer. C’est à ce moment-là, qu’un serpent assez gros surgit à quelque mètre sur ma gauche pour se jeter sur une grenouille. Je n’en crois pas mes yeux, j’essaie de ne rien perdre de cette scène, puis la surprise laisse place à la joie d’assister à cette action : ici les reptiles sont vénérés car ils sont la représentation de Shiva. Je l’observe encore quelques instants, là où il s’est réfugié pour finir de gober sa proie lentement, puis il est temps de retourner voir Prannava.

serpent-art-detre-soi

Ces derniers temps une tension s’est installée entre nous deux, problèmes de reconnaissance, de positionnement révèle des conflits intérieurs. La relation au Guru dans ce tsunami énergétique fait ressortir les névroses, des attitudes infantiles s’expriment face à l’autorité. Dans une démarche de développement nous ne pouvons rendre l’autre responsable du malaise que ses actes créent chez nous. C’est précisément ce qui émerge dans ce moment-là qui révèle les faiblesses de notre être. Ce domaine où il nous faut encore travailler, ce temps où la repartie laisse place à la défense de territoire prêt à résister pour invalider la position de l’autre. C’est en cela que les textes enseignent de remercier le « révélateur ». En ce qui me concerne je constate que je dois faire encore du chemin car je suis plus dans la contention de l’émotion, que dans une véritable compassion pour celui qui produit un acte qui révèle mes limites. Je n’ai pas encore cette distance qui permet d’être mon propre observateur afin de repérer les dysfonctionnements liés à mes mémoires. Présent à la réalité de ce qui est purgé, des connotations que mon affect a mis en place.

Encore une fois nous allons bénéficier de la clairvoyance du Maitre qui utilise chaque situation pour transmettre un nouvel enseignement. La subtilité avec laquelle il agit ainsi que l’adresse avec laquelle il pénètre la conscience est incroyable. J’ai cette impression, quand je rentre discrètement dans les travers inavouables de mon jardin secret, de le trouver là, assis une tasse de thé à la main un sourire bienveillant qui suggère : « ici il y a du travail ».

Enseignement du jour :

« Les joies et les peines, les gains et les pertes, la réussite et l’échec tous sont une création de l’esprit, vous devez en prendre conscience car ce qui nait dans l’esprit doit mourir dans celui-ci. Notre esprit et nos pensées devraient toujours rester clairs et ouverts. C’est seulement ainsi que nous pouvons comprendre le ressenti et les peines des autres et leur apporter Amour et compassion. L’amour devrait être notre unique devise, un amour qui pardonne, sauve, transforme et élève. Dieu habite dans notre cœur mais le chemin qui mène à sa demeure est fermé par un portail, c’est l’esprit qui possède la clé. Quand l’esprit est au calme l’éclat de la conscience apparait. Vous avez choisi de suivre une voie où doit naitre la compassion, le travail consiste à dépoussiérer le corps de ses vieilles habitudes, d’éduquer le mental pour trouver la sérénité, de soigner ses blessures afin d’ouvrir son cœur. Le vrai disciple de Dieu possède à la fois un cœur dur et bon ; dur à ressentir ses propres souffrances, bon envers les souffrances des autres. Les entraves que vous rencontrez sont issues de vos propres douleurs, elles sont les pierres qui édifient les murailles derrière lesquelles vous vous sentez protégés mais en même temps vous emprisonne. Le travail consiste à restreindre vos propres exigences, d’accepter ce qui est, pour atteindre un état de libération parfaite. La liberté est le but de la vie. Nous sommes des êtres humains notre condition primaire est guidée par nos instincts comme les animaux, nous devons améliorer notre potentiel pour devenir vraiment Humain .Vous devez augmenter votre niveau énergétique afin de transmuter votre nature brute vers quelque chose de plus raffiné. Les exercices proposés en yoga ainsi que la méditation permettent ce type de manifestation. Je vous invite maintenant à une méditation ».

Les méditations avec le maitre ont toujours une profondeur supplémentaire, nous bénéficions du privilège de sa proximité. Sa seule présence décuple nos possibilités et nous permet de nous aventurer plus loin sur ces chemins qui nous ramènent à nous.

Il fait noir, des bulles apparaissent, je les suis, mon corps me rappelle : attitude, conscience : le vide se crée, le mental s’éloigne, la tension baisse, l’attention augmente. Je suis bien. Installé dans cette posture j’observe « mon monde ». Un mantra qui résonne fait monter quelques vagues qui font osciller l’espace qui me baigne. Je m’enfonce. Enveloppé dans une lumière jaune-orangée…La notion du temps qui passe disparait… Certains inspires provoquent des ondes qui se propagent le long de mon corps qui s’efface. Chaque assaut m’emmène un peu plus loin, je m’efforce de ne pas quitter cet espace dans lequel je m’abandonne. La force du flux augmente, soudainement je sens cogner violemment, par à-coups réguliers en haut de ma colonne vertébrale : bang, bang, bang, le mental en veille s’inquiète je le vois voulant intervenir, je reste tout de même en position, le phénomène continu …bang …bang…bang, hallucinant que peut-il bien se passer ? Surtout ne rien changer bien que mes pensées commencent à s’immiscer, toujours bang…bang….bang un peu comme si quelqu’un tapait avec un marteau à l’intérieur de ma colonne vertébrale, au niveau du bulbe rachidien… bon et maintenant ? Si je continue je vais peut-être endommager quelque chose… l’inquiétude pénètre, la réflexion m’envahie… bang …bang… bang…ok je relâche la posture, je respire profondément, je reviens à mon corps; les coups cessent ; je reste attentif, un sentiment de plénitude occupe tout mon être. Je quitte doucement cet état de conscience, quelques éclairs modifient encore mes perceptions pendant que je réintègre pleinement mon corps et ses limites.

Swamiji rompt le silence :

« Dieu incarne la toute-puissance, la connaissance, la paix et la grâce : il est en vous. Par la méditation vous récupèrerez la puissance de votre intellect qui s’amenuise. Vous pouvez être certain que par une pratique correcte votre mémoire va s’affuter et que votre esprit faiblissant va merveilleusement se fortifier. S’il vous arrive de faire une expérience prenez en note, elle montre à votre conscient que vous êtes en chemin, puis abandonnez là pour ne pas quelle vous retienne dans votre progression. Soyez curieux de chaque chose mais détaché de toute découverte. Je vais prier pour vous, je vous souhaite que l’énergie afflue et qu’elle vous permette de voir la vérité, dieu vous bénisse Hom Namah Shivaya. »

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1 commentaire sur “Chapitre 7 : L’Odyssée de Ram

  1. Il faut en faire un livre Pascal!! Tous ces enseignements mais aussi la manière que tu as de les retranscrire permettra d’ouvrir le chemin à bien des être humains!!

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