retraite-ashram-inde

Chapitre 4 : L’Odyssée de Ram

La joie qui m’habite en cet instant me procure une énergie douce et puissante. Le cœur plein d’amour, je ressens ce sentiment de bien-être, celui qui ne se manifeste que dans la justesse de la simplicité des choses de la vie. Cette légèreté de l’esprit permet de percevoir ce qu’est réellement ce que l’on appelle le bonheur, différent de cet orgasme éphémère qu’un prétexte peut provoquer, mon être tout entier baigne dans une plénitude sans limites.

Chaque gare où le train s’arrête propose un spectacle génial où les marchands et voyageurs occupent l’espace dans ce tohu-bohu général où tout le monde trouve sa place. De « chai » en « samossa » (beignet de légumes épicés) commandés par la fenêtre du wagon, j’arrive finalement à Kannur où je prendrais un rickshaw qui me conduira jusqu’à l’ashram de Swamiji. Une fois sur place je retrouve Pranava qui est venu pour une retraite, il m’apprend que le « Maître » est en déplacement et qu’il arrive dans 3 jours, il est 14 heures… Finalement je suis en avance !

Présentation avec la famille de Swamiji qui habite une maison très proche, les femmes préparent les repas pour les visiteurs et organisent les couchages, ainsi que les visites des locaux. À l’étage je choisis une chambre, dans laquelle se trouvent 2 lits d’une place et une petite table de nuit. Il y a des moustiquaires aux fenêtres ce qui permet de les laisser ouvertes sans craindre ces insectes qui sont nombreux. Un gros ventilateur prend place au plafond, il est un peu bruyant, mais un peu d’air est le bienvenu. Les sanitaires sont en bas à l’extérieur je peux enfin prendre une douche et vêtir des habits propres, je bois du chai. Vers 19 h le repas est servi, j’irais me coucher après un moment de contemplation. La nuit m’est agréable, je me lève tôt et constate que je ressens toujours les trous d’air dûs aux trop longs moments passés en avion. Après la toilette, méditation puis petit déjeuner à base de lentilles accompagnées d’un chai. Ménage de la chambre et des communs, organisation de mon nouvel espace de vie.

Je regarde mon téléphone : une alerte sur le calendrier me fait remarquer la date mardi 10 novembre, 1er jour du stage de vipassana, auquel je m’étais inscrit au mois d’août. Je souris c’est mon 1er jour à l’ashram, ce doit être une bonne date pour commencer une introspection. Je vais profiter de l’absence du Guru pour faire le tour des espaces qui m’entourent, je fais des photos, me rends à la mer, en ville pour envoyer des emails, je rencontre des gens et fais connaissance avec le personnel.

ashram-inde-eveil-spirituel

La jeune fille qui nous emmène les repas et très gentille elle s’appelle Primillia, je l’ai vue le matin porter des fleurs sur les temples dédiés aux divinités. Il y en a un dédié à Shiva qui est symbolisé par des serpents, une vitrine ou trône une grande représentation de Ganesch, une petite pièce où plusieurs icônes sont représentées, mais qui semble être dédié à Hanuman. Aussi il y a un grand bâtiment qui est fermé. Il fait chaud et humide, le jour comme la nuit, le temps ralentit. Je me couche et me lève de bonne heure, le baquet d’eau froide que je me verse sur la tête pour les ablutions du réveil remet mon esprit en place, et le conditionne pour la réflexion qui suit.

Ce matin-là, alors que je me promène dans le jardin, Primillia m’invite à la rejoindre pour la « puja » elle ouvre la porte du grand temple, je la suis. Nous descendons quelques marches pour arriver dans une grande salle que nous traversons pour arriver à un tout petit escalier en colimaçon que l’on gravit : un décors hallucinant se découvre devant moi, des pics de montagne sont représentés en relief, de couleur bleu, il y a des serpents qui surgissent çà et là de chaque côté du petit chemin qui se faufile et qui nous conduit au centre d’une mini pyramide où trônent deux statues, elle me regarde et me dit en souriant :

« Shiva et Pravati ».

Elle fait des offrandes de fleurs en chantant des mantras, puis allume un bâton d’encens dont l’odeur de santal nous imprègne. La solennité de cet instant et l’aisance naturelle avec laquelle elle l’accomplit me transportent : un frisson monte le long de ma colonne vertébrale, jusque dans ma boite crânienne qui se retrouve sous pression et qui se met à tournoyer, je suis désorienté, un instant d’extase, je perds l’équilibre, me retient en essayant d’être discret ; la jeune fille le remarquera tout de même :

« hé, attention ».

Je suis perturbé au point d’en être maladroit, en même temps je réalise que ce moment va rester dans ma mémoire comme un phare qui balise un chemin… quand j’essaierai de lui exprimer ma gratitude et mes remerciements, elle me dira simplement qu’elle fait son devoir, ces quelques mots m’aident à prendre conscience de la futilité des idéaux, et de l’importance du sens que l’on donne aux actes.

Je prendrais une journée pour visiter Kannur et faire quelques achats, un homme à qui je demande confirmation pour la destination du bus paiera à mon insu mon ticket au contrôleur aussi il m’accompagnera jusqu’au bon arrêt pour descendre, j’en serais confus. Par cet acte, il met à jour une laideur de ma conscience, je réalise qu’a sa place je n’aurais peut-être pas eu ce réflexe, par cette action il me signifie qu’il accueille l’autre en frère naturellement sans peur ni attente, il offre une relation sincère fondée sur l’amour de son prochain. La cupidité et le marchandage qui habitent mon esprit occidental sont mis à nue et dévoilent les peurs qui s’y terrent. Il donne à l’argent une place qui n’est pas un outil du pouvoir, ou de contrôle sur les individus, mais une énergie comme une autre qui permet un partage, un liant qui rapproche les humains. Il me montre la pureté de relation qui née dans cette vérité, la beauté de l’instant ancré dans la réalité. Je constate que les protections que le mental met en place isolent, et privent d’un bien-être essentiel. Je descends du bus et le quitte comme un ami de longue date.

La magie qui émane de ce lieu est incroyable : le monde partout, qui grouille telle une fourmilière où les tensions sont inexistantes. Les couleurs, les odeurs tantôt acres tantôt sucrées, épicées, effluves d’encens tout cela se mêlant, cohabitant dans ce désordre organisé, créent une harmonie paradoxale. La journée est merveilleuse, en tout lieu cette considération de l’autre, cette absence de jugement, de convoitise ou d’apitoiement, chacun responsable de son être, assumant avec humilité les contraintes de sa destinée. De magasin en jus de fruits frais pris en écrivant des cartes postales la journée se consumera et c’est le cœur léger que je rentrerais à l’ashram.

guide-spirituel-inde-ashram

C’est aujourd’hui que Swamiji rentre de Bangalore, il arrive en début d’après-midi avec un disciple indien, salutations chaleureuses ; puis après nous avoir offert de la papaye et un chai, nous sommes conviés dans ses appartements pour un enseignement. Il s’assoit sur un lit je prends position en seiza face à lui, une aura blanche dessine le contour de sa tête qui met en valeur son regard noir et profond qui hypnotise le mien. Il parle d’une voix solennelle, j’ai du mal à tout comprendre d’autant que pour souligner l’importance de certains passages il utilise le « malayalam ». Il explique :

« L’Être s’identifie à ce qu’il ressent, alors que toutes les sensations qui sont perçues viennent de l’extérieur. L’odorat nous permet de sentir, l’ouïe nous permet d’entendre, le goût ainsi que le toucher sont autant d’outils qui permettent d’analyser l’environnement. C’est des facultés nous sont utiles pour nous développer dans les conditions les plus favorables. Mais nous ne sommes pas ce que l’on perçoit du monde qui nous entoure, ce que nous sommes réellement, c’est notre moi profond, le maître intérieur, l’âme qui habite le corps dans lequel elle se trouve. On ne sait pas voir la vie comme elle est réellement, car on s’identifie à nos sens qui sont externes, l’homme souffre, car il pense être ces sentiments, cela est faux. Un outil et utile pour aider à la réalisation d’une tâche ou d’un travail en aucun cas il remplace l’œuvre qu’il permet de créer. La vie humaine est une chose marrante, ce que l’on cherche est en nous, mais nous ne le voyons pas, car nous faisons la mise au point sur ce qui est éloigné. Si l’on se regarde dans un miroir et que l’on veut modifier l’attitude de ce qui est représenté par la glace, le seul moyen est d’agir sur notre visage, partie que l’on ne peut voir sans cet objet. C’est pour cela que nous sommes dans le noir, notre devoir est de se diriger vers la lumière. Il faut orienter notre regard vers l’intérieur, adapter notre façon de vivre selon des convictions profondes sans se laisser fasciner par les illusions du mental… »

Il prend un livre qui est un recueil de citations qu’il a écrit, il ouvre au hasard :

« Il n’existe pas de chemin plus facile que l’abandon de soi. Celui qui fait confiance au tout puissant ne risque rien. C’est une règle Divine qui ne connaît aucune exception. Par conséquent, emprunte toujours le chemin de la dévotion simple et pure ».

Il nous invite à méditer sur cette réflexion…

Les chapitres précédents : 

Chapitre 1 

Chapitre 2

Chapitre 3 

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestShare on LinkedInEmail this to someone
Cet article vous a plu ? Partagez-le sur les réseaux sociaux !

2 thoughts on “Chapitre 4 : L’Odyssée de Ram

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *