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Chapitre 10 : L’Odyssée de Ram

De nouvelles personnes arrivent à l’ashram. Nous avons eu il y a 4 jours un couple d’anglais souffrant de maladie auto immune, venant passer quelque nuits en attendant d’être reçus à l’hôpital ayurvédique de Kattampallly à Kanour… Aujourd’hui c’est une famille de 4 personnes Sri Lankaise qui vient prendre une chambre. La plus jeune des filles, âgée d’une douzaine d’années est handicapée mentale. Ils espèrent que Swamiji puisse faire quelque chose pour elle. Ils sont désemparés devant cette situation qui les dépasse, on peut sentir leur désarroi et leurs maladresses face à la gestion de la problématique de cette petite.

On peut sentir une certaine agitation dans leur façon d’agir, ce genre de comportement un peu impulsif et irréfléchi bouscule un peu la quiétude habituelle du lieu. Nous faisons  l’expérience particulière d’une nouvelle atmosphère dans ce lieu qui peu à peu est devenu le nôtre. Nous baignons dans une nouvelle fréquence énergétique, chacun emplissant cet espace par le rayonnement qu’il émet. Certaines attentes de ces nouveaux arrivants contrarient le personnel qui s’occupe de la gestion des bâtiments, ils iront en informer Swami qui écoutera les plaintes et les problématiques de chacun.

Il sera toujours compréhensif ; même quand par maladresse ils casseront un robinet de la salle de bain ce qui aura pour conséquence de vider toute la réserve d’eau autonome stockée sur le toit. Cela parut assez désastreux à notre factotum : chaque maison essaye de récupérer au maximum les eaux pluviales, qui sont gratuites et de bonne qualité. Jusqu’il y a peu, c’était le seul moyen pour avoir l’eau courante dans les habitations. Maintenant, dans cette région la plupart des maisons ont accès à l’eau du gouvernement mais elle est payante, polluée et boueuse… désormais ce sera notre seule alternative. Je perçois l’exaspération des uns, les tensions des autres, ces attitudes infantiles se plaignant à l’autorité l’exhortant à utiliser son pouvoir. En m’observant je peux constater que tout en restant spectateur, j’espère une certaine justice face à cette attitude que je juge comme irrespectueuse.

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Un peu avant le repas nous nous trouvons réunis dans la salle d’enseignement. Il y règne un encombrement psychique créé par les préoccupations de chacun. Seul Swamiji  rayonne de son aura habituelle, quoique sa présence paraisse un peu plus stricte, il prend la parole :

« La vie est très importante et extrêmement précieuse. Nous avons tendance à penser de manière négative et dénigrante, à regarder vers l’extérieur et à juger les autres et nous-mêmes. Mais la vérité, la réalité, l’énergie et la force sont toutes intérieures. Ce sont ces qualités qu’il faut développer pour trouver la félicité. Si nous voulons que les choses changent il nous faut agir avec respect et bienveillance : l’obscurité ne peut dissoudre l’obscurité : seule la lumière le peut… Les préoccupations de l’homme deviennent son centre d’existence, il organise sa vie en fonction d’elles, cette priorité vient justifier tous les comportements car il pense que la souffrance donne des droits particuliers. La souffrance ne donne que des devoirs : c’est le Dharma. Vous devez comprendre qu’il ne s’agit pas de mettre sa vie entre parenthèse afin d’éviter le conflit : il faut lui trouver une réponse appropriée pour utiliser cette énergie négative et la transformer pour en faire une force créatrice. N’esquivez pas le travail dont vous devez vous charger durant votre vie sur terre. Faites-le dans la lumière de Sadana, comme un pur service rendu à Dieu. Vous demandez sans cesse pour que vos conditions de vie s’améliorent, mais que mettez-vous en œuvre  pour qu’elles changent ? Que peut faire Dieu ? Vous pensez ne pas avoir assez d’énergie pour relever les défis de la vie ? Sachez que vous passez beaucoup plus d’énergie à éviter de faire face à vos problèmes que ce qu’il vous faudrait pour les régler. Dieu nous donne tout ce dont on a besoin, mais aveuglés, nous gaspillons ce don divin pour satisfaire des désirs égotiques qui sont sans fin. L’être humain s’épuise dans cette démarche sans s’apercevoir que le sceau qu’il essaye de remplir n’a pas de fond. Vous voulez savoir que faire pour vous élever spirituellement ? Mettez de l’attention dans chacune de vos actions : voyez « le bien », dites « le bien », faites « le bien ». Là se trouve la voie de la sagesse. »

Discrètement, et avec beaucoup de grâce Primilia se montre devant la porte, d’un petit signe signifie que le dîner est prêt.

« Je vous souhaite de progresser vers une plus grande conscience de vous ainsi que du monde qui vous entoure. Celui-ci étant toujours perçu comme le reflet de ce que l’on est intérieurement. ..» puis s’adressant aux nouveaux « vous pouvez aller manger »

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Comme d’habitude le service se fera en 2 temps : les visiteurs d’abord, puis « les résidents ». Nous connaissons maintenant les rituels et règles de bienséance, ainsi que la place que nous devons occuper. Les différents plats portent en eux toute l’attention des cuisinières : la finesse des épices enchantent les papilles, l’odeur des chapatis chatouille les narines. Je ressens beaucoup de bonheur lors de ces partages. Nous appliquons les coutumes d’usage : peu de mots sont échangés, le repas est rapide. Les attentions de Swami sont toujours précises et délicates, ces moments privilégiés viennent alimenter plusieurs niveaux de notre être, de la partie la plus dense à celle plus éthérée, je peux alors percevoir que cette « nourriture » est aussi absorbé par d’autres « organes » d’ordre subtil…

Après m’être assuré de ne plus pouvoir rendre de services à notre hôte je prends les escaliers qui montent aux chambres pour aller méditer dans la mienne. Mes nouveaux voisins étant décidément un peu agités, ce moment d’introspection sera reporté pour laisser place à la réflexion que les enseignements m’ont permis de faire émerger.

Nous menons une vie égocentrique où seule notre condition a de l’importance, bien sûr toutes les réussites du monde ne peuvent repaître l’appétit de nos fantasmes alors nous souffrons. Cette souffrance émane de notre être et vient impacter notre entourage ; au cours de cette quête de l’illusion ce rayonnement influence les autres qui le propagent à leur tour. Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec cette notion d’unicité dont me parle mon guide. Une phrase de l’abbé Pierre me revient alors en mémoire : « on ne peut être heureux sans les autres » elle prend maintenant tout son sens.

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Faire le bien, être le bien : quand une idéologie dépend d’un point de vue aussi noble soit-elle l’autre incarne un comportement qui se veut éthique et d’ordre universel. Le « vouloir » divise toujours, seul l’engagement sans condition peut rassembler. La voie veut nous libérer de nos conditionnements, nous encourage à faire face à nos propres préoccupations qui nous aveuglent, afin de percevoir une autre réalité dans l’environnement dans lequel nous évoluons. Les seules entraves sont intérieures, il ne suffit pas d’en prendre conscience pour s’en détacher. Un pétrissage est nécessaire pour ré-agencer cette matière afin de modifier les structures profondes sur lesquelles reposent notre moi. Les questions qui se posent sont : ai-je réellement envie de le faire ? Suis-je prêt à incarner de nouvelles attitudes ? Suis-je prêt à abandonner certaines convictions ? Toutes ? L’expérience m’a montré que malgré toute la détermination à progresser sur le chemin, je vais encore faillir dans l’expérience, je devrais à nouveau l’admettre, me relever, me promettre une plus grande vigilance puis lors d’un nouvel obstacle, remettre un genou à terre, constater ma petitesse, recommencer avec courage et guetter la nouvelle épreuve que le destin propose afin de pouvoir expérimenter. Polir chaque face de la pierre pour en faire le joyau et lui donner tout l’éclat possible. Je sais maintenant que le bonheur se trouve là où les illusions sont abandonnées, par l’acceptation de ce que l’on est, dans le respect de soi et des autres…. Je commence à admettre que la magie de cette quête de la réalisation n’est peut-être rien de plus que l’acquisition d’un mieux-être interne qui grandit chaque fois que le mental intègre une plus grande connaissance du monde dans lequel il évolue… Faire tomber les voiles de la perception, pénétrer les résistances de la conscience pour entrer en contact avec la profonde réalité, où, loin des préoccupations égotiques « l’être » jouis de la vie…

Il fait nuit depuis longtemps maintenant, le calme est revenu, j’allume une bougie devant la petite statuette de Ganesh qui trône sur ma table de nuit, je fais brûler un encens, j’installe mon coussin sur un tapis, puis viens m’installer en tailleur pour une longue méditation…

…. À suivre….

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2 commentaires sur “Chapitre 10 : L’Odyssée de Ram

  1. Cela faisait bien longtemps que je n’étais pas « venue » visiter ton blog…cela m’a permis de relire quelques-uns des chapitres que j’avais lus. C’est à chaque fois un enchantement…que de vérités éprouvées…
    C’est très beau et bon. Merci Pascal

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